‘‘Le Pdpp vise à préserver leur savoir et savoir être’’

Georges Nkami

Georges Nkami est le Coordonnateur du Plan de développement des peuples pygmées (Pddp), porté par le Programme national de développement participatif dont il est, à la Cellule nationale de coordination, le Responsable des Aspects socio-environnementaux.

Par Kamdem Souop

Pourquoi le Pndp a-t-il choisi d’élaborer une stratégie spécifique pour le développement des peuples pygmées?

Merci pour l’opportunité que vous me donnez de dire un mot sur la mise en œuvre du Pdpp dans le cadre du Pndp, ou mieux de la contribution que le gouvernement camerounais, à travers le Pndp essaye d’apporter aux populations dites « pygmées », composées des Baka, Bakola, Bagyéli ou Bedzang et que l’on retrouve essentiellement dans 31 communes des régions du Centre, de l’Est et du Sud.

En tant que l’un des outils opérationnels d’appui au processus de décentralisation, le Pndp a choisi d’élaborer une stratégie spécifique pour le développement des peuples pygmées pour être conforme aux politiques de sauve-garde environnementale et sociale du Gouvernement, et de celles de ses partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale.

Le Pndp a fait l’objet d’une évaluation environnementale qui a donné lieu à un Cadre de gestion et environnementale et sociale (Cges) du Programme, lequel a été complété par un Plan de déplacement involontaire et de réinstallation (Pdir) et un Plan de développement des peuples pygmées conformément à la politique opérationnelle 4.10 de la Banque mondiale.

Globalement, l'objectif global du Pdpp est d’assurer que le processus de développement engagé favorise le respect total de la dignité, des droits de la personne et la culture des peuples autochtones. En d’autres termes, il s’agit à travers cette opération spécifique, de faire en sorte, que les préoccupations de cette frange souvent « oubliée », soit davantage connues et traitées avec le plus grand soin.

Qu’est ce qui laisse penser que les peuples pygmées ont besoin de ce que l’Occident et les Bantous appellent le développe- ment? Leur a-t-on demandé ce dont ils ont réellement besoin, sachant que leurs modes de vie sont déjà rudement mis à l’épreuve dans les différents contacts avec les Bantous?

Ecoutez bien. Le Plan de développement des peuples pygmées n’est pas une opération pensée et encore moins mise en œuvre par l’Occident. Il s’agit bien d’une volonté du Gouvernement, de prêter une oreille attentive aux problèmes posés ou vécus par ces populations, qui sont des Camerounais à part entière. Le Plan proprement dit découle d’un diagnostic approfondi réalisé auprès de cette population cible. Ce diagnostic a démarré bien avant la mise en œuvre du Pndp, mais s’est intensifié pendant la mise en œuvre du Programme, notamment pendant le processus d’élaboration du Plan communal de développement (Pcd), selon une approche participative incluant les bénéficiaires et les parties prenantes au niveau local et visant à rechercher leur consentement.

Ce travail a été fait par un Organisme d’appui local (Oal) recruté à cet effet à l’échelle communale, puis complété et actualisé avec la collaboration des services locaux des Affaires sociales et les Ong de terrain. A ces occasions, les peuples pygmées ont été observés, consultés, ainsi que les parties prenantes impliquées dans cette problématique. Cette série de consultations et communications au niveau village, puis communal, a donné lieu à la production d’un Plan stratégique communal, puis opérationnel que nous avons organisé autour de 05 principales composantes (citoyenneté, éducation, santé, agriculture et gestion des produits forestiers non ligneux, dialogue intercommunautaire et sécurisation). En clair, on leur a demandé ce qu’ils veulent et leur consentement a été recherché. Rien n’est imposé du haut - cette époque est révolue ! Par ailleurs, s’il est vrai que les problèmes se posent de façon différente d’un village pygmée à l’autre, ou d’une région à l’autre, nous avons aujourd’hui une assez bonne connaissance des problèmes auxquels ils font face autour des composantes suscitées.

Dans le domaine de la citoyenneté, au delà de l’insuffisance des pièces officielles pour de multiples raisons (coût élevé, éloignement des centres d’état civil, etc.), les peuples pygmées ont une connaissance limitée de leurs droits et devoirs. Par ailleurs, ils sont sous représentés, voire absents dans les instances de décision au niveau local (Ape, Cosa, Conseiller municipal, Comité de développement, etc.). Dans le domaine scolaire, nous avons noté une grande déperdition liée, entre autres, à l’insuffisante motivation des parents à envoyer leurs enfants à l’école, leur faible capacité à subvenir aux frais liés à la scolarisation de leur progéniture, aux problèmes d’accueil dans les écoles. Pour ce qui est de la santé, le taux de mortalité, les maladies de la peau, et celles liés à l’hygiène et salubrité restent un sujet de forte préoccupation, à coté de la faible capacité de réponse des formations sanitaires. On a noté quelques initiatives intéressantes dans le domaine de la production agricole et de la gestion des produits forestiers non ligneux, susceptible pourtant de générer de revenus auprès de ces populations et limiter la dépendance vis-à-vis des Bantous. Cette production fait face à l’insuffisance d’encadrement des potentiels producteurs, à l’inorganisation des producteurs, à l’insécurité foncière, etc., ce qui explique les faibles rendements enregistrés.

Pour ce qui est du foncier, les Peuples pygmées ont toujours été considérés comme des hommes sans terre. Ils n’ont pas toujours, aux abords des villages dans lesquels ils se sont sédentarisés, des disponibilités foncières : les terres appartiennent aux Bantous, qui les ont acquises par le « droit de hache », principe selon lequel, la terre appartient aux premiers occupants. Ceci est à l’origine de quelques conflits entre les peuples pygmées et les bantous.

Voilà, en gros, quelques éléments du diagnostic que nous avons fait et qui confirment ceux réalisés par d’autres acteurs qui sont sur le terrain ou que nous avons rencontrés sur le terrain, notamment le Projet AgesFoi, le Pades, Plan International, et autres Ong.

Qu’est-ce que la Mappapy et comment est née ce concept ?

La Méthodologie d’approche participative des populations pygmées (Mapappy) est un outil très souple et adapté à la consultation et à la mise en œuvre des activités en faveur des populations pygmées. Il permet entres autres, de renforcer le consentement libre et préalable des bénéficiaires. Pour ce que j’en sais, il est le fruit de recherche-action menée pendant longtemps auprès des populations pygmées, par de nombreuses organisations, dont Inades Formation. C’est d’ailleurs pourquoi, Inades Formation a été mobilisé pour former le personnel impliqué dans la mise en œuvre de la deuxième phase du Pdpp. Cette formation permettra une meilleure imprégnation des différents acteurs de la culture des Baka, Bagyeli, Bakola et Bedzang et une harmonisation des approches en matière d’accompagnement des populations pygmées en vue d’un développement durable.

Les savoirs et savoir-faire des peuples pygmées ne sont-ils pas condamnés à disparaître au prétexte des approches développementalistes?

Le développement durable des peuples pygmées que nous recherchons tous vise justement entre autres, à préserver leur savoir, savoir faire et savoir être. Il faut bien se dire que l’ensemble des appuis que nous apporterons, viennent en complément de ce qui existe sur le terrain. D’ailleurs, il est prévu une grosse activité qui a trait avec la promotion des activités socioculturelles, visant justement à préserver leur know-how, aussi bien dans le domaine de l’art, la culture, la danse, la médecine, etc. En effet, nul ne peut douter aujourd’hui de l’apport de la pharmacopée traditionnelle en matière de santé publique au Cameroun. Or, depuis la nuit des temps, ces peuples pygmées n’ont eu recours qu’à cela pour se soigner. On peut multiplier les exemples dans ce sens.

Est-il nécessaire d’envisager une sorte de discrimination positive de l’Etat dans un proche avenir afin de susciter une élite pygmée?

Oui, il le faut forcément. Si l’on convient que ces populations sont vulnérables, l’Etat, dans son rôle de régulateur, doit imaginer et encourager une sorte de discrimination en faveur des peuples pygmées, pour jouir par la suite, de leurs expertise et contribution totale dans l’effort de construction nationale.

Votre question me donne l’occasion, à la suite du Minepat et du Coordonnateur national du Pndp, de remercier le ministère des Enseignements secondaires et le ministère de la Santé publique, qui ont bien voulu inscrire, à titre exceptionnel, 08 enfants pygmées au titre de l’année scolaire 2012-2013, respectivement dans les Ecoles d’Aides-soignants, les Ecoles d’Infirmiers et l’Eniet. Il me plait de vous annoncer que leurs résultats scolaires sont d’ailleurs très encourageants, et certains d’entre eux seront professionnels et opérationnels dans les mois à venir.

Il faut bien qu’ils trouvent de l’emploi, en tant que fonctionnaires ou salarié du privé. Là encore, l’on a besoin d’une discrimination positive de l’Etat et cela va contribuer à la constitution d’une élite pygmée que vous avez évoquée. En espérant avoir la même oreille attentive, nous comptons saisir les autorités compétentes à ce sujet dans les prochains jours.

De quel type d’accompagnement bénéficiez-vous sur le terrain, notamment de la part des autorités administratives, des sectoriels et des communes cibles pour mener à bien ce Plan?

Au niveau communal, le dispositif institutionnel repose justement sur les autorités administratives, les sectoriels et autres Oal regroupés autour de la plateforme présidée par le sous-préfet. Dans ce dispositif, les autorités (sous-préfet, maire) et les sectoriels sont acteurs et responsables des activités visées par le Plan et relevant de leur champ de compétence. Des contrats-programmes permettant de couvrir les frais de déplacement de ces acteurs ont été préparés pour la mise en œuvre de leurs activités. Aussi, une réunion de suivi-évaluation et de programmation de la plateforme est prévue par trimestre. Forts de cette expérience, nous comptons capitaliser cette pratique et la généraliser à l’ensemble des communes bénéficiaires.

Les pygmées sont une portion congrue de la population. Qu’est ce qui pousserait les communes où ils vivent à s’intéresser à leur sort et à mettre en œuvre le Plan?

C’est de la responsabilité régalienne des communes ou du Maire de s’occuper de toutes les composantes sociales et professionnelles de son territoire de compétence. Et ceci n’a rien à voir avec le nombre. D’ailleurs, j’ajouterais que du fait de leur vulnérabilité, les maires responsables et porteurs d’un développement durable de leur territoire doivent davantage s’occuper d’eux. Enfin, et ce n’est pas à négliger, pour les 31 communes bénéficiaires de l’opération des régions du Centre, de l’Est et du Sud, une allocation spécifique moyenne de l’ordre de 25 millions Fcfa par commune, a été réservée pour financer quelques activités de ce Plan.

Quel est le niveau de réceptivité des bénéficiaires ?

Je souhaite que le niveau de réceptivité des peuples pygmées soit le plus élevé possible. Je souhaite que leur consentement libre, informé et préalable soit renforcé à la mise en œuvre prochaine des activités sur le terrain. Je souhaite également que les leaders pygmées et autres Ong nous aident dans la recherche de ce consentement, qu’ils jouent le rôle de relais pour atteindre ceux, plus nombreux, qui sont restés dans les villages et campements.

Comme je l’ai dit plus haut, les problèmes auxquels font face ces peuples pygmées varient d’un village à l’autre et d’une commune l’autre. Et même, quand les problèmes sont identiques, les priorités d’intervention peuvent varier selon les zones. Comme vous pouvez le remarquer, les plans d’action en faveur des Peuples pygmées, de portée communale pour rester en cohérence avec l’une de nos missions d’appui au processus de décentralisation, varient d’une commune à l’autre.

 

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