Victor Anomah Ngu : hommage au mérite et à l’humilité

Le Pr Victor Anomah Ngu repose désormais au cimetière de la cathédrale Saint Joseph de Big Mankon à Bamenda. Il y a été inhumé le 23 juillet 2011, après une vie bien remplie. Retour sur le parcours d’un homme d’exception.

Par Kamdem Souop

Anomah NguVictor 0Le petit Victor naît le 1er février 1926 à Buea dans le Sud-Ouest du Cameroun. C’est grand et avancé en âge qu’il meurt le 14 juin 2011 autour de 19 heures, au Centre hospitalier et universitaire de Yaoundé des suites de maladie. Il aura marqué tous les endroits où il est passé de la brillance de son intelligence, de sa profonde humilité et d’un sens de l’humain hors du commun. Normal, pourrait-on dire en songeant qu’il a choisi d’être médecin après ses études à Sasse (Cameroun, jusqu’en 1948) et Ibadan (Nigéria, 1948-50) et St Mary’s Hospital Medical School, Université de Londres (Angleterre, 1951- 54). A sa sortie, celui qui, toute sa vie enfilera un collier de distinctions reçoit des mains de la Reine d’Angleterre le Prix “Max Born”.

Médecin malgré le portefeuille

Une anecdote rapporte qu’en 1984, lorsqu’on lui proposa un portefeuille ministériel, il posa des conditions là où beaucoup souhaitent se soumettre au maximum qu’on leur impose ouvertement ou non pour un strapontin. Il demanda à ne pas être séparé de ses patients. Celui qui sera ministre de la Santé de 1984 à 1988 s’astreint à faire la navette entre son bureau cossu du centre administratif et l’air chargé d’antibiotiques des pavillons Larey, Lagarde, Laquintinie et Pasteur de l’Hôpital central de Yaoundé.

La carrière médicale de Victor Anomah Ngu s’étend sur 57 ans et trois continents. Ses recherches sur le cancer lui ont valu d’être reconnu au plan international. La dernière distinction en date est la ''Leon Sullivan Achievement Award'' qui lui a été remise en octobre 2003 à Washington DC, devant un aréopage de diplomates, de membres du Congrès américain et de figures du monde scientifique.

Chirurgien et enseignant

Victor Anomah Ngu est chirurgien et le revendiquera souvent quant au plus fort de l’opposition qu’il doit subir de la part de ses collègues, on le traitera de “charlatan”. Il a transmis ses connaissances à des générations de médecins au Nigéria (Université d’Ibadan : 1965-71), au Cameroun (Université de Yaoundé : 1971-74) et dans des universités britanniques et américaines. Il a aussi été Vice-recteur de l’Université de Yaoundé (1974- 82); président de l’Association des universités africaines (1981- 82); directeur du laboratoire de recherche sur le cancer à l’Université de Yaoundé dès 1984 et fondateur de la Clinique de l’Espoir en 1991. Il trouve le temps d’être consultant pour l’Unicef ou l’Oms.

Chercheur invétéré souvent moqué

Le “prof” est un chercheur qui, depuis son séjour au Nigéria (1962-72), a conduit des travaux de recherche sur les cancers. “En tant que chirurgien, j’ai tenté d’opérer des cancers. C’était une procédure très traumatisante aux effets très destructeurs. J’étais convaincu que la chirurgie n’était pas la solution. Plus tard, la Fondation Rockefeller m’a accordé en 1962 une bourse de formation à la chimiothérapie. Je me suis intéressé au traitement d’une tumeur appelée lymphome de Burkitt. Cette tumeur était traitée avec succès par la chimiothérapie [...] les résultats étaient bons dans certains cas, mais assez médiocres avec d’autres types de tumeur“, confessait-il. Il va donc se tourner vers l’immunothérapie du cancer. “L’immunothérapie est censée stimuler le système immunitaire du patient pour lui permettre de reconnaître l’élément étranger présent dans les cellules cancéreuses et de lutter contre lui. Quand j’ai lancé cette idée, on s’est moqué de moi”. Il s’habituera à cette charge de moqueries toute sa vie. Mais ce qui lui fera le plus mal ce sont les moqueries de ses anciens étudiants, ceux à qui il a transmis la rigueur scientifique et “la capacité à penser par eux-mêmes” selon son mot, car “c’est ce que mes maîtres m’ont appris”.

Le Vanhivax, le combat d’une vie

“Il faut être crédible pour être écouté” disait Raymond Barre, premier ministre français d’août 1976 à mai 1981. Et pour- tant on n’écoutait pas M. Ngu au Cv impressionnant... “L’intégrité engendre la crédibilité”. Le mot est de Wayne K. Cheng, éminent chirurgien orthopédiste américain. C’est dire si l’universitaire décédé pouvait du haut de son intégrité reconnue en imposer par sa crédibilité ses travaux sur le vaccin thérapeutique contre le Vih plus connu sous le nom de Vanhivax. Pour preuve, ses 59 publications dont 47 comme auteur dans les revues scientifiques nationales et internationales. Il a quand même été Pro Chancellor de l’Université de Buea, président de l’Académie des sciences du Cameroun, président de l’Union internationale contre le cancer. Et pourtant...

Le Vanhivax ne passe pas dans la communauté scientifique nationale d’abord, et au-delà. Il s’en est expliqué dans un entretien qu’il nous a accordé en 2005 pour le compte de Share, Sciences et Technologies en partage, une publication de vulgarisation des résultats de recherches effectuées au Cameroun, publication financée par l’Ird et la Coopération française.

“ Certains de mes collègues me reprochent d’être un chirurgien qui se penche sur une question réservée aux virologistes et microbiologistes [...] Si j’avais revêtu l’idée du Vanhivax d’une présentation complexe, peut-être l’auraient-ils acceptée. Mais j’avoue n’avoir pas suffisamment de pouvoir pour inventer de manière compliquée ce qui est tout simple”. Et pour lui, le Vanhivax l’était.

Il rappelait le nombre de patients qui avaient obtenu satisfaction avec son vaccin thérapeutique, demandant de sa voix cassée les moyens de procéder à des essais à plus grande échelle. Mais il ne se faisait guère d’illusion au sujet de ceux que sa théorie dérangeait. “Ils se demandent comment un Noir, Camerounais de surcroît, peut avoir conçu un vaccin pour prévenir le Vih. Je rappelle que les premiers succès avec mes patients datent de 1989”. Puis, il écartait la thèse à lui opposée de recherche du gain. “A mon âge [Il avait 79 ans, ndlr], chercher à m’enrichir? C’est ridicule. Et puis, je ne supplie pas ceux qui sont infectés. En fait, c’est à prendre ou à laisser”. Et de poursuivre : ”Le reproche que je fais à mes collègues [c’est] qu’ils condamnent [le Vanhivax] sans chercher à savoir un traître mot de ce j’avance.”

D’ailleurs il se réjouissait d’avoir meilleure audience auprès des non-initiés: “Mes meilleurs auditeurs ne sont pas des spécialistes parce qu’en fait l’idée est très simple. Le Vanhivax met en pratique ce qui me semblait évident au sujet du Vih. L’enveloppe du Vih est dérivée des CD4 de l’organisme attaqué. Et pour cela, le système immunitaire ne peut l’attaquer, car cela ressemblerait à un suicide. Alors, si nous ôtons l’enveloppe du Vih, l’organisme peut donc l’attaquer. Le Vanhivax consiste donc au Vih du patient moins l’enveloppe. Et utilisé comme un vaccin, l’organisme peut donc l’attaquer et le vaincre à condition de renforcer le système immunitaire. Voilà comment nos patients redeviennent séronégatifs”.

Est-il raisonnable d’écarter une piste chargée d’espoir qui, comme toutes celles jusqu’ici proposées, doit faire l’objet d’essais cliniques poussés?Que ses détracteurs d’hier aient fait la promesse de poursuivre l’œuvre du maître qu’ils se sont évertués à diaboliser est l’un de ces miracles que seules les oraisons funèbres savent produire. L’avenir nous dira...

 

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