“Nous prêtons aux collectivités”

Gilles Chausse, Directeur Afd Cameroun

Par Kamdem Souop

En quoi un séminaire sur « le développement économique des territoires ruraux » constitue-t-il une solution aux nombreux problèmes de ceux-ci en Afrique ?

Chausse bonCe séminaire que l'Afd co-organise avec le Pndp est un séminaire régional qui associe dans un large débat d'idées nombre de partenaires que nous finançons à travers des programmes similaires de développement local dans les 11 pays africains représentés. Sont présents aussi les représentants des administrations, des élus, la société civile. Pour nous, ce séminaire est un point d'étape dans une réflexion qu'on veut la plus large possible et collective avec nos partenaires pour faire progresser les idées et les propositions afin de voir comment dans une première phase de projets aujourd'hui, nous pouvons poursuivre l'effort financier en faveur de ce type de programmes qui a vocation à soutenir les collectivités locales et répondre aux besoins des populations à la fois en termes d'infrastructures et d'activités productives; et enfin essayer de renforcer les capacités des collectivités locales.

De ce point de vue, des projets comme celui du Pndp sont emblématiques du type de programme représentatif des territoires ruraux ou du développement local. Les financements que nous mettons en place sont des subventions qui permettent premièrement aux collectivités d’élaborer des plans communaux de développement qui précisent leurs besoins et les stratégies pour les résoudre; ensuite, sur la base de ces plans, financer les besoins les plus urgents, notamment et suivant les cas un forage, une salle de classe, l’électrification rurale, un centre de formation agricole, etc.

Qu'est-ce qui a présidé au choix du Pndp comme partenaire dans votre travail ?

C'est le fait que nous ayons été à l’origine du Pndp avec d'autres partenaires comme la Banque mondiale et bien évidemment l'Etat camerounais. Et aujourd'hui, nous sommes à l'étape d'un deuxième financement. Nous avons plus que doublé les moyens que nous affectons au Pndp qui nous paraît aujourd'hui être un programme suffisamment abouti dans sa définition, son organisation et sa stratégie pour que nous puissions dans un risque tout à fait mesuré lui apporter nos moyens financiers.

Quelles peuvent être les raisons du sous-développement persistant des zones rurales au Cameroun?

Moi, j'ai le sentiment que les choses progressent à la faveur de la politique de décentralisation qui est prônée par les autorités camerounaises. Les besoins sont considérables, les moyens sont en sensible augmentation à travers des programmes nationaux comme le Pndp ; à travers aussi le Feicom qui joue aussi un rôle important en faveur des collectivités locales. Il reste encore une fois que les besoins sont très importants et qu'il appartient aux communes de renforcer leurs capacités, de mieux préciser leurs besoins et que l'Etat puisse apporter toutes les ressources nécessaires.

C'est une œuvre de longue haleine. Les collectivités locales dans nombre de pays sont loin d'avoir atteint aujourd'hui toutes les étapes de développement pour pouvoir répondre aux besoins des populations. Considérons que nous sommes dans le cadre d'un processus et que ce processus évolue dans le bon sens.

Quels sont les espoirs que vous fondez sur ce séminaire ?

Nous en attendons d'abord un très large partage d'expériences. C’est tout l'intérêt d'avoir des représentants d'administrations, des responsables de programmes comme le Pndp à travers différents pays d'Afrique de l'Ouest comme du Centre. Les projets sont tous un peu semblables ; mais ils ont tous aussi des marques de singularité qui leur sont propres. Donc, ce que nous espérons, c'est brasser une expérience collective, échanger, capitaliser sur les bonnes pratiques, éventuellement voir si l'on peut réorienter les programmes vers des boîtes à outils qui permettraient d'aller plus vite dans leur réalisation. Nous espérons que la «Déclaration de Douala» qui sanctionnera les travaux marquera quelques principes forts autour des programmes de développement des territoires ruraux et d’appui à la décentralisation pour que demain, ces mêmes programmes dans de nouvelles phases, ou de nouveaux programmes dans d’autres pays puissent trouver un capital de savoirs et d’expériences sur lequel rebondir.

D'où viennent les ressources que l'Afd injecte dans les projets en Afrique et en particulier au Cameroun ?

Ces financements peuvent venir de différentes origines. Dans le cas précis du Cameroun, ces financements ont pour origine le Contrat de désendettement-développement [C2d, ndlr] qui nous a permis de mettre en place un premier financement de 13 milliards de Fcfa, puis un deuxième financement de 39 milliards de Fcfa en faveur du Pndp. Donc, ce sont des ressources du premier comme du second C2d.

Il y a des pays où ce sont des ressources en subvention de l'Afd. Il y a même des pays où nous sommes déjà sur des formules de prêts aux collectivités locales, puisque celles-ci deviennent aujourd'hui un acteur très important de notre coopération. Soit par une intermédiation financière en passant par des banques, soit dans des relations directes lorsqu’il s’agit de collectivités locales urbaines de grande taille qui peuvent avoir les moyens d’emprunter directement à un partenaire financier comme l’Afd.

Qu'est-ce qui détermine le choix entre une subvention ou un prêt?

C'est d'abord, selon les pays, la capacité de pouvoir emprunter ou pas. Il y a un certain nombre de pays aujourd'hui qui sont à des niveaux d'endettement et dans des relations avec la communauté internationale qui ne leur permettent pas d'accéder à des prêts. Le Cameroun présente cette particularité d'avoir vu sa dette annulée. Donc, il peut retrouver aujourd'hui une capacité d'endettement.

Quand il existe des formules comme celles du C2d qui privilégient des subventions, nous apportons ce type de ressources au pays considéré.

Sur le site internet de l'Afd, il est écrit que le Cameroun est l'un des principaux bénéficiaires des financements de l'Afd. Qu'est-ce qui peut justifier ce privilège?

C'est le fait que le Cameroun est un partenaire traditionnel et historique de l'Afd, puisque nous venons d'y fêter nos plus de 50 ans de partenariat. Et que le Cameroun est une économie forte et a été historiquement toujours été un pays dans lequel nous sommes intervenus en prêts. Plus récemment à la faveur du C2d, et à nouveau depuis les annulations de dette sur des formules de prêts à l'Etat, c'est un pays qui présente pour nous un secteur privé dynamique; nous pouvons y développer des activités de financement en faveur du secteur privé, des montages en garanties par exemple avec des institutions bancaires, des montages avec des sociétés de micro-crédit par exemple. Ce qui n'est pas toujours le cas dans d'autres pays.

Donc, nous avons au Cameroun une large couverture à travers tous les instruments dont dispose l'Afd, et nous intervenons ici quasiment dans tous les secteurs d'activités : infrastructures, agriculture, santé, éducation, investissements privés...

Qu'est-ce qui peut guider votre choix d'apporter votre appui vers tel secteur plutôt qu'à tel autre?

C'est d'abord la demande. Que ce soit avec le secteur privé ou avec le secteur public, nous essayons de répondre à une demande qui nous est posée. Par exemple, pour le deuxième C2d, les autorités camerounaises ont souhaité faire de l'agriculture une priorité. Donc, il va affecter plus 60% de son enveloppe financière en faveur du secteur agricole.

Donc, nous sommes d'abord à l'écoute de nos partenaires et de leurs besoins. Dans le cas du Cameroun, nous nous inscrivons dans les priorités du Document de stratégie pour la croissance et l'emploi [Dsce, ndlr] qui fixe un certain nombre d'axes. Et c'est sur ces axes que nous essayons d'apporter une réponse en termes financiers.

 


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