Foncier : main basse sur les terres à Yaoundé?

C’est pour des raisons d’utilité publique que des casses ont été entreprises en 2008 dans certains points de la ville de Yaoundé. Au carrefour Intendance jusqu’à la Montée âne rouge ; au quartier Briqueterie non loin de l’actuel Palais polyvalent des sports à Warda ; à Etoa Meki, un des quartiers populeux de la capitale politique du Cameroun ; à la place ancien camp des sapeurs-pompiers sur la route qui débouche à Elig Effa en passant par le camp Yeyap qui abrite une base de la gendarmerie nationale... A certains endroits, les populations revendiquent dans le silence leurs droits. Des rencontres auprès des autorités municipales de la ville, des procès devant les tribunaux pour certains ; un déguerpi résiste dans la broussaille à Etoa Meki... Dans d’autres sites, des immeubles sortent de terre. Pas toujours en conformité avec les raisons évoquées pour le déguerpissement des habitants. Suivant certaines sources dignes de foi, les pontes du régime s’accaparent ces terrains pour la plupart situés dans un espace viable. Donnant une bonne position pour une activité commerciale ou pour une habitation dans une capitale politique où l’accès à la terre ne s’offre pas au premier arrivant. Cinq ans après les casses de 2008 « l’année noire » selon les déguerpis, la rédaction de votre journal est allée sur les sites démolis, a rencontré certains déguerpis face à l’attitude réfractaire des autorités municipales de la ville deYaoundé.

Etoa Meki: un déguerpi dans la broussaille Etoa Meki

Un espace de jeu a été créé à côté de la broussaille où un habitant résiste sous les intempéries.

Par Alima Ndoukle

Le citoyen qui empreinte le trajet nouvelle route Etoa Méki en direction de la station-service d’une multinationale d’un homme d’affaires Nigérian qui opère au Cameroun est surpris par un espace désert. Un stade de football s’est greffé à la broussaille qui occupe une grande superficie. Est venu se greffé. Une réalisation d’un international camerounais évoluant en France et natif de ce quartier réputé pour des constructions précaires. L ’environnement géographique s’y prête d’ailleurs. Une bonne partie de la ligne de chemin de fer y passe. En face du site déguerpi en 2008, se trouve une gare et l’entrepôt d’une société. L’on peut lire « société Nkam Sarl ». La structure est spécialisée dans la provenderie. Aux encablures, un champ de maïs est prêt à livrer ses premiers épis sur une partie de cette terre encore habitée il y a cinq ans.

Les rares rescapés nous informent que les déguerpis ont trouvé refuge dans les quartiers avoisinants. Rue Manguiers, Mballa II, Omnisports. D’autres sont rentrés dans leur village, s’insurge une dame, mère de trois enfants qui a vécu la descente des engins de la Communauté urbaine de Yaoundé. Elle se rappelle d’ailleurs qu’une femme du troisième âge y avait perdu sa vie.

Aujourd’hui, à proximité de l’espace désert, s’est développée une laverie. Les jeunes gens, laveurs de voitures, sont indifférents à notre présence. Une incursion dans la broussaille dévoile une piste. Elle sert de déplacement aux riverains pour rejoindre facilement et en temps réduit d’autres quartiers voisins. L’on y rencontre les signes d’habitations. A la terre compacte, se mêle des décombres des maisons détruites notamment des planchers cimentés. Un rescapé Léo, qui nous sert de guide informe que les matériaux récupérés ont été revendus. L’on découvre deux puits. Le mieux aménagé ne peut plus être utilisé à cause des décombres qui y ont élu domicile. Un autre surmonté d’un demi-fût est encore d’usage. Les populations viennent des deux versants de la route pour s’y approvisionner.

Non loin, une construction d’une autre époque se trouve dans la broussaille. Une famille résiste. Le chef de famille la soixantaine révolue y réside. Avec lui une mère de deux enfants : un garçon à la lisière de l’âge adulte et un autre en âge de scolarisation primaire. La « hutte » faite de matériaux de récupération s’étale sur environ 9 m2. A l’avant, quatre seaux, un tabouret et d’autres objets à usage domestique meublent un hangar fait de plastique et autres matériaux de fortunes. Pas de connexion au réseau électrique, les défécations d’animaux et humains occupent l’espace.

« Je n’ai jamais oublié ce que la délégué a fait», affirme Léo, notre guide, pendant la découverte de cette précarité. Et de poursuivre que des « multiples descentes d’expatriés sur forte protection » sont effectuées dans cet espace jadis parsemé d’habitations. C’est sur une anecdote qu’il conclut : « une église a d’ailleurs été victime des casses. Et l’engin était tombé en panne après la démolition ». Ce qui s’ajoute à une désintégration du lien social dans cet environnement multiethnique.

 


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