2015, l’année du tout ou rien

Kamdem Souop

Certe, c’est en décembre que l’on saura si le pari aura été tenu, mais force est de constater que nous sommes un peu habitué à ne plus être surpris par nos dirigeants. Et pour cause: année arrêtée de la fin des transferts de compétences aux communes, 2015 laisse perplexe alors que s’en va allègrement le cinquième mois de l’année.

En avril 2015, le Sénat, la chambre du Parlement camerounais appelée à représenter et défendre les intérêts des collectivités territoriales décentralisées dans l’animation de la vie parlementaire et la co-construction dorénavant de l’arsenal législatif camerounais, a eu deux ans. Depuis 2013, le Sénat a certes travaillé à se mettre en place, à définir ses règles de fonctionnement, à recruter son personnel, à définir les modalités de traitement des sénateurs bref, jusqu’ici tout ce qui pose problème à la plèbe désireuse d’y voir clair : des charges de fonctionnement, mais force est de constater qu’il se cherche encore, et que sa deuxième lecture des textes essentiellement préparés par le gouvernement est aussi coûteuse que la première : 15 milliards FCFA en moyenne.

Cet état de choses est à l’image de l’ensemble du processus de décentralisation qui, de l’avis unanime de plusieurs experts, voit le gouvernement s’empresser d’aller lentement. C’est ce qui justifierait les réticences de certains départements ministériels à préparer les textes qui transfèrent des compétences aux communes, les lourdeurs de certains services déconcentrés de l’Etat dans l’appui à la maîtrise d’ouvrage communale, les justifications trouvées depuis quatre ans à la question du non paiement des salaires des maires pourtant budgétisés annuellement dans la Dotation Générale de la Décentralisation (DGD), entre autres.

A priori, « la décentralisation confère aux Collectivités Territoriales Décentralisées l’opportunité de l’initiative en matière de réalisation des équipements de base susceptibles de stimuler, de soutenir, de favoriser et d’animer l’activité économique et le progrès social. » Seulement, la réalité est plus complexe : si avec le Programme National de Développement Participatif (PNDP), l’Etat marque des points importants notamment en matière de planification participative et de « financement à titre pédagogique » de microprojets pour montrer aux communes la voie à suivre en matière de maîtrise d’ouvrage, force est de reconnaître que même les circulaires du Chef de l’Etat relatives à la préparation du budget de l’Etat des exercices 2013, 2014 et 2015 ne suffisent pas à imposer aux équipes chargées de préparer le budget d’investissement public (BIP) de prendre appui sur les Plans Communaux de Développement (PCD), pourtant réalisés par l’Etat via le PNDP, pour identifier les projets prioritaires de chaque commune.

Conséquence : des villages continuent de recevoir des infrastructures en trop dans certains secteurs, tandis que d’autres se lassent d’attendre un début de réponse à leurs besoins. Voilà des années que ça dure. Une lueur a cependant été entrevue en 2014 avec les Projets d’investissement prioritaires (PIP), censés corriger un tant soit peu les faibles ratios d’exécution du BIP, ainsi que les écarts entre PCD et BIP.

Mais cet arbre cache mal la « forêt » du financement des collectivités camerounaises. Le Fonds Spécial d’Equipement et d’Intervention Intercommunale (FEICOM) redistribue certes les Centimes Additionnels Communaux (CAC) et développe une palette de services financiers, mais les communes ont d’énormes besoins à combler. Or, avec 1,3% du Budget de l’Etat en moyenne depuis 2010, la DGD, les délégations de crédit et les impôts nouvellement transférés sont encore loin des 10% proposés par le Conseil Interministériel des Services Locaux (CISL) puis par le Conseil National de la Décentralisation depuis 2011 et surtout très loin des cas exemplaires du Ghana (7,5%), de l’Afrique du Sud (8,8%), du Kenya (15%), et surtout de la Tanzanie (25%).

Quand bien même, les communes bénéficieraient dès 2015 de toute cette manne, il se poserait encore la question de la ressource humaine communale susceptible de prendre en charge toutes les activités se rattachant à la maitrise d’ouvrage. D’où la nécessité d’approfondir la réflexion engagée par le PNDP qui a aidé les communes à recruter 547 cadres au profil de financier et de technicien/ingénieur, posant par l’exemple le débat de la mise en place d’une fonction publique territoriale. Et c’est ici sans doute que les principaux acteurs de la décentralisation que sont les communes et leur tutelle devraient parfaitement valoriser les acteurs périphériques que sont les journalistes, notamment les journalistes spécialisés, et les organisations de la société civile qui font montre d’année en année de professionnalisme et de dévouement. C’est d’autant important de procéder à ce distingo entre bon grain et ivraie que de plus en plus la décentralisation gagne en attraits n’a-t-on pas le souvenir frais de ce que fut le Sida dans ce pays ? et des vocations naissent avec plus ou moins de bonheur. Quelques rares fois, des impostures sont mises à nu comme cet événement présenté comme un “salon” et qui, en faisant chou blanc, s’est terminé au SED où les maires ont cru bon de traîner l’organisateur, avec des mots doux qui ne correspondent peut-être pas forcément au caractère habituel du monsieur. Mais la leçon est là aussi: valoriser ceux qui font leur boulot, tout leur boulot et rien que le leur.

Bonne lecture et que le pari de la fin du transfert des compétences soit tenu afin que d’autres défis de la décentralisation soient relevés avant 2018.

Kamdem Souop

Etranger


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