Charlie Martial Ngounou : « Les leaders de nos villes doivent fédérer les énergies »

Expert de l'Association internationale des maires francophones (AIMF) sur les questions de finances publiques et locales, Charlie Martial Ngounou qui dirige le cabinet Success Partners Consulting, partenaire technique de l'AIMF dans le déploiement du progiciel SIM_ba au Cameroun et dans la sous-région revient de Medellin où s'est tenu la 7e édition du Forum urbain mondial.

Charlie Ngounou

M. Charlie Martial Ngounou, vous avez représenté l’AIMF et dans une certaine mesure le Cameroun en Colombie, quels étaient les enjeux de votre participation à ce forum ?

Merci, en effet, au début du mois d’avril, j’ai eu l’opportunité de participer pour le compte de l’AIMF que je représente au Cameroun, au Forum mondial urbain de Medellin. L’AIMF contribue, comme opérateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour la coopération décentralisée, à la promotion entre autres d’une gouvernance urbaine maîtrisée. Pour l’AIMF, le terme « gouvernance » évoque avec une force particulière, une pluralité et une diversité d’acteurs agissant de concert pour le développement de nos villes. Aussi, l’AIMF voulait ainsi s’associer à ce grand espace du donner et du recevoir, en vue d’enrichir ses propres réflexions sur l’avenir des villes, au travers des expériences d’acteurs d’horizons divers.

Il nous plaît également de constater que le rôle de l’AIMF est de plus en plus reconnu par les acteurs qui travaillent dans « l’urbain »… en raison notamment de l’accent placé sur l’investissement en faveur des villes (L’AIMF dévoue 90% de ses ressources aux villes, et 10% seulement à son fonctionnement), le renforcement des capacités des villes en matière de gouvernance urbaine avec  son progiciel intégré de gestion budgétaire et comptable SIM_ba, et surtout l’appui aux villes dans la mobilisation des ressources nécessaires pour répondre aux challenges courants.

Quelles ont été les contributions du Cameroun à ce Forum ?

Il faut tout d’abord noter que très peu de pays d’Afrique ont tenu à marquer leur présence à Medellin par un stand comme le Cameroun s’y est engagé, pour présenter justement ses efforts en matière de planification urbaine, de gestion urbaine, de financement du développement urbain et également de participation citoyenne à la recherche de l’équité dans les villes. Sans parler des nombreux et riches échanges qui ont ponctué les visites au stand Cameroun. Il faut faire remarquer que le Cameroun a eu l’honneur de plusieurs sessions spéciales, notamment sur les mécanismes de financement des villes organisée par le Feicom (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale, Ndlr)d’une part, et d’autre part sur les TIC, les budgets participatifs et la fiscalité locale organisée par Assoal, une organisation de la société civile camerounaise d’autre part. J’ai eu l’honneur d’intervenir justement sur cette thématique pour rendre témoignage de l’engagement des citoyens de notre pays à participer activement à l’invention des solutions adaptées aux problèmes urbains.

Il faut également noter l’intervention remarquée de Monsieur Jean-Claude Mbwentchou, Ministre de l'Habitat et du développement urbain, lors de la présentation de l'Initiative de la Francophonie pour des Villes Durables - Une approche systémique pour des stratégies urbaines durables le dimanche 6 avril 2014, organisé par l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) en partenariat avec ONU-Habitat.

Et bien sûr, nous nous sommes rappelés avec nombre de Colombiens les souvenirs liés au football et la coupe du monde 1990. Les Colombiens n’ont pas oublié l’ambassadeur Roger Milla, lequel avait humilié le gardien de but Higuita qui se trouve être justement un habitant de Medellin, la ville du Forum.

Quelles sont les principales leçons à retenir de cet événement ?

Sans vouloir être exhaustifs, les questions des villes, des territoires, de l'énergie, d'environnement, des changements climatiques, de mobilité urbaine, de démocratie urbaine, d’équité, d’égalité sont des thèmes qui doivent être traités avec un accent majeur, car ce sont des enjeux qui détermineront assurément une part importante de notre futur, pour ne pas dire le moins. Il sera absolument indispensable de créer des cadres de plus en plus productifs de concertation entre les nombreux acteurs qui agissent, pour créer des synergies générant des économies d’échelles et optimisant les ressources disponibles.

Medellin est présentée unanimement comme un cas d’école de ville globale. Que pouvez-vous nous en dire, et quelles leçons pour les villes africaines ?

Que dire de Medellin ? Quand vous y avez été, vous revenez avec le sentiment que les ressources dont regorge notre pays auraient normalement permis d’atteindre moins le niveau de développement urbain qu’on y découvre. Rien n’est d’ailleurs perdu au regard du parcours exceptionnel de Medellin, la deuxième ville de Colombie et la ville la plus innovante du monde selon les organes spécialisés de l’ONU !

Tenez, il y a 20 ans, Medellin était une ville en proie au narcotrafic et à une criminalité extraordinaire. Aujourd’hui, telle que nous avons pu le voir, l’extraordinaire est toujours là, mais surtout pour parler de la transformation sociale et urbaine qui s’est opérée en deux décennies. Cette transformation a eu lieu grâce (et c’est le Président Colombien qui le disait lors de la cérémonie d’ouverture du Forum urbain mondial) au leadership magnifique des 3 maires qui se sont succédés à la tête de la ville. Pour apprécier cette transformation sociale, il suffit de prendre un taxi et vous êtes immédiatement contaminé par l’amour et l’enthousiasme qui jaillit des conversations de citoyens intimement convaincus que les édiles municipaux travaillent pour le bien de la cité.

Pour ce qui concerne les villes africaines, elles semblent globalement étouffer sous la pression d’une urbanisation désordonnée et majoritairement peu prospective. On ne peut pas décréter ces importantes transformations urbaines qui exigent la magie des changements personnels et collectifs. La réussite de cette explosion urbaine que toutes les statistiques soulignent dépendra fatalement de la qualité des leaders que nous porterons à la tête de nos villes, des leaders qui démontreront une capacité à fédérer toutes les énergies « éparpillées » dans nos villes, pour en faire de vraies ressources de développement.

Propos recueillis par Kamdem Souop

 

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