Transferts de compétences : Où en est-on à un an de la fin ?

Commune de Soa, Résultats mitigés dans le secteur de l’Education de base

Le secteur éducatif est l’un des secteurs sur lesquels l’Etat du Cameroun a expérimenté les premiers mécanismes visant à autonomiser les communes dans la gestion des préoccupations des populations locales. L’expérience de la commune de Soa dans le département de la Mefou Afamba présente les réalités d’une pratique à affiner au fur et à mesure.

SOA

La poussière dans les écoles placées sous la tutelle du ministre de l’Education de base. C’est l’environnement dans lequel vivent de milliers d’écoliers de l’arrondissement de Soa en cette saison sèche au Cameroun. Que ce soit dans une école située en bordure de route ou dans les quartiers de cette commune, le décor est identique. Le directeur de l’école publique de Nkolfoulou située non loin de l’entrée principale de la décharge de la société d’Hygiène et de Salubrité du Cameroun (HYSACAM) y baigne aussi. La cour principale de cet établissement à la lisière de la route qui mène à l’université de Yaoundé II est recouverte d’une épaisse couche de poussière.

Une bonne partie, sous l’effet du vent, se déporte aussi dans la pièce qui tient lieu de bureau du directeur de cette école. Pas d’étagère pour les documents. Un énorme copieur occupe un coin de la pièce. Tout à côté, un meuble recouvert d’une nappe sur laquelle l’instituteur dépose les exemplaires d’épreuves qu’il s’attèle à photocopier tout en devisant avec une de ses collègues. La présence du reporter ne perturbera pas son activité. Au contraire, il redouble d’ardeur.

Le seul temps d’arrêt intervient lorsqu’il faut répondre à la question de savoir si l’école qu’il dirige a reçu le paquet minimum de la part de la mairie de sa commune. « Je ne parle plus à la presse depuis trois ans. J’ai été victime d’une déformation de mes propos par vos confrères de la CRTV (le média audiovisuel à capitaux publics, ndlr). » Malgré l’insistance, rien n’a filtré de sa part. Il est d’ailleurs soutenu dans cette posture par sa collègue qui n’arrête pas de médire sur les hommes de médias. « Si vous le voulez, je pars chercher une note de ma hiérarchie. J’ai failli perdre mon poste il y a trois ans », explique le directeur d’école malgré l’insistance sur la dotation en paquet minimum. Rendu à l’extérieur de son bureau, il se précipite sur son téléphone portable en jetant un regard dur vers le reporter.

2 500 000 FCFA par an

Une dizaine de minutes plus tard, grâce à un car de transport d’étudiants, nous arrivons dans les services de sa hiérarchie au centre urbain de la commune de Soa. Le bâtiment est planté en plein carrefour. Une enseigne rougie par la poussière, indique qu’on est à l’Inspection d’arrondissement de l’Education de base. À l’intérieur, pas de signe de modernité. Pas de services d’accueil et renseignement des usagers. Certains bureaux sont fermés. À l’intérieur de celui qui est ouvert se trouvent trois instituteurs tous la cinquantaine révolue. Ils sont en charge des examens et concours. L’un d’entre eux s’active à la vérification des actes de naissance des dossiers des élèves du cours moyen II appelé à passer des examens en fin d’année. Sur le niveau de transfert de compétences, ils se montrent peu diserts. L’inspecteur n’est pas là, donc il est difficile d’apporter un éclairage, explique un homme vêtu d’un boubou de pagne. Ses deux collègues partis, ce dernier susurre tout de même qu’il y a des signes de mise à la disposition du paquet minimum par la mairie. De quoi est-il constitué ? Je ne peux rien vous dire, explique-t-il, le sourire en coin.

Mais il faut aller à la mairie, on vous donnera certainement plus d’éléments, conclut-il, voulant dire certaines choses qu’il ravale immédiatement. Il lâche tout de même le nom du responsable en charge de la constitution du paquet minimum à la mairie de Soa. Là-bas, l’on apprendra que la carte scolaire communale présente 16 écoles primaires publiques. Si les quinze premières sont ouvertes, la plus récente, l’Ecole publique d’Essong-Mintsang, n’est pas encore opérationnelle malgré la nomination d’un directeur, explique M. Efila Essengué, le chef de l’unité Action sociale et animation au niveau de la mairie.

Depuis 2010, c’est donc 15 écoles qui sont considérées dans la matérialisation des transferts de compétence dans le domaine de l’Education de base. Le paquet minimum qui est l’élément matériel de ce processus est constitué de boites de craie, de registres d’appel, de cahiers de préparation, de stylos, de la colle pour les enseignants. Soit 126 instituteurs et maîtres des parents pour un effectif de 4 257 élèves enregistrés pour l’année scolaire en cours.

Sur les mécanismes d’élaboration des besoins, la responsabilité incombe à l’inspecteur d’arrondissement de l’Education de base. L’état de besoin qu’il dresse est transmis à sa hiérarchie et une copie est envoyée à la mairie explique-t-on à l’unité Action sociale et animation. Après analyse au sein du ministère de l’Education de base à Yaoundé, une dotation est décidée et orientée au secteur Education de base dans la commune. Il ne s’agit nullement d’un ordre de virement ou d’un transfert de fonds en espèces dans les comptes de la mairie, mais bien d’un « carton », une sorte de bon d’achat d’environ 2,5 millions de FCFA. Saupoudrage La cagnotte est restée fixe depuis 2010. Et la dotation n’arrive jamais à temps, explique un instituteur rencontré à l’école publique bilingue située à un jet de pierre du commissariat de sécurité publique de la ville.

Généralement, c’est au début du deuxième trimestre que cette dotation arrive. Exception faite pour l’année 2014-2015 puisque le « carton » est arrivé en septembre, confirme des agents en service à la mairie. En matière de distribution du matériel, c’est à nouveau l’inspecteur d’arrondissement de l’Education de base qui est audevant de la scène. Sur la base des estimations faites au préalable au niveau communal, les directeurs d’école publique et lui, cosignent le procès-verbal pour justifier la réception de la dotation ministérielle. Généralement, des fournitures scolaires en inadéquation avec le nombre d’enseignants présents dans les écoles.

Dans cette chaîne de matérialisation du transfert de compétences, l’action de la mairie se limite à un travail de recensement du nombre d’établissements scolaires publics fonctionnels. Selon, les responsables de la mairie de Soa, aucune proposition dans l’élaboration des états des besoins n’émane de la mairie. Une situation de fait accompli qui n’est pas sans conséquence dans l’organisation du travail dans le secteur de l’Education de base au niveau communal. En premier lieu se trouve la question de la gestion des ressources humaines. Notamment les maitres des parents. Ils sont au nombre de 33 dans la commune. Ces titulaires de Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires assurent les fonctions d’enseignants dans les écoles les plus éloignées de la commune. N’ayant pas de statut au niveau de la fonction publique, leur rémunération constitue un casse-tête pour les directeurs d’écoles, les présidents des associations des parents d’élèves avec qui ils signent des contrats, mais aussi une préoccupation pour l’exécutif communal. C’est ainsi que pour assurer la couverture totale des programmes dans certaines écoles, la mairie se retrouve dans l’obligation d’assurer la rémunération des maîtres des parents. Il était ainsi du paiement des arriérés de salaires au cours de l’année scolaire 2013- 2014. « Il ne s’agit pas d’une obligation de la mairie. Ce sont les associations de parents d’élèves qui doivent gérer ce personnel », explique M. Efila. Mais ce geste de cœur et de solidarité de la mairie visait à reconnaitre le travail fait par les enseignants qui, pour la plupart, ont des salaires se situant entre 15 000 et 30 000 FCFA.

Partenaires techniques et financiers

Près de 1,5 million de FCFA a été consacré à ce personnel bénévole, explique le chef d’unité Action sociale et animation, les documents d’émargement à l’appui. Pour assurer le succès de cette opération, un autre recensement physique de ce personnel a été fait. Ce qui a permis d’extirper de la liste certains noms qui sont écrits en rouge sur nos registres, explique M. Efila.

Cette implication de la mairie dans le monde de l’Education de base, risque de connaître une expansion dans les prochains jours. Ce d’autant plus que le paquet minimum n’arrive pas à couvrir toute l’année et à satisfaire les besoins des enseignants. À titre illustratif, dans une école à cycle complet, l’inspection d’arrondissement octroie un nombre de cahiers et de registres largement inférieur au nombre d’enseignants. La craie ne permet pas de couvrir l’année explique un enseignant sous cape à l’école publique bilingue de la commune.

Pour résoudre ces problèmes, la mairie a engagé un processus de réorganisation des associations des parents d’élèves. Les bons points commencent à s’observer à l’école publique d’Ebogo III. Là-bas, l’on n’a pas connu de problèmes d’arriérés de salaires. Ce qui n’est pas le cas à l’école publique de Soa. « C’est la misère des maîtres des parents », déclare un cadre communal. C’est pourquoi, le maire appelle à une légalisation de toutes les associations des parents d’élèves de la commune. Le but étant d’opérer à un partage d’expérience et d’assainir la gestion interne au sein des écoles. Une expérience pilote a eu lieu avec la délocalisation de l’école publique de Banda du lieu-dit Entrée complexe vers le Centreville grâce à une collaboration fructueuse entre la mairie et le PADDL-GIZ. Cet acteur, fruit de la coopération entre le Cameroun et l’Allemagne a permis l’élaboration du plan sectoriel Education dans cette localité. L’exploitation de ce document réalisé par Ernest Claude Messinga, enseignant de Science Politique à l’université de Yaoundé II a permis la construction de nouveaux bâtiments pour cette école et l’équipement en tables bancs par la maire à hauteur de 4 950 000 FCFA.

Risques de frustrations

Dans un autre volet de l’action sociale, le maire joue un rôle de premier plan dans le domaine sanitaire. Statutairement, il préside le comité de gestion du district de santé de la commune. Les copies des différentes dépenses faites dans ce volet sont portées à ses services régulièrement. L’on signale aussi un échange de rapports réguliers et une collaboration poussée dans la réalisation des stratégies de santé à l’échelle communale. Les principales attentes dans ce secteur comme dans les autres est de voir la coordination de la gestion des ressources humaines à partir de la mairie. Car, certaines frustrations sont observables dans les rangs de certains personnels non fonctionnaires en service dans les secteurs éducatif et sanitaire. Les commis dans le secteur de la santé regardent souvent d’un mauvais œil l’action de la mairie en faveur des maîtres des parents. Ce fut par exemple le cas lors du paiement des arriérés de salaire de ces acteurs de l’Education de base en 2013. Et pourtant les personnels de santé qui connaissent les mêmes difficultés que les maîtres des parents n’ont pas bénéficié du coup de cœur de l’exécutif communal. Il faut valoriser toutes ces ressources humaines afin d’éviter la marginalisation, explique le chef d’unité Action sociale et animation de la commune de Soa.

Pierre Nka

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