La redevabilité au menu d'un colloque

Au marché de la redevabilité

Dans ce dossier, la rédaction de Villes & Communes revient sur les grandes lignes de la 2e édition du Colloque international de Yaoundé sur la gouvernance locale organisé du 12 au 14 mars 2013.

Par Honorine Ngangue

Comme à son habitude, Jean Pierre Olivier de Sardan a su trouver les mots justes pour mettre en condition les participants au 2e Colloque international de Yaoundé sur la gouvernance locale organisée du 12 au 14 mars dernier à l’hôtel Mirador sur le thème: «Le développement économique et local dans un contexte de décentralisation: promouvoir la participation par la redevabilité».

En écoutant le chercheur nigérien qui dirige le Laboratoire d'Etudes et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (Lasdel) basé à Niamey, l’on conclue aisément que la redevabilité est un marché dans lequel on fait ses emplettes suivant les intérêts qu’on défend. Pour preuve, M. Olivier de Sardan rappelle : « celui qui est nommé a des comptes à rendre à son « nominateur », l’élu aux sponsors de sa campagne et aux lobbys qui l’ont adoubé, le candidat au parti politique qui l’a désigné, les organisations de la société civile aux bailleurs qui les financent, les fonctionnaires à l’Etat...». Et les acteurs publics choisissent le type de redevabilité qui leur convient selon le moment. Mais, souligne-t-il, tout se passe comme si personne n’était redevable vis-à-vis du citoyen qui, pourtant, volontairement ou pas, paie l’impôt qui permet au système de fonctionner.

Bien que le mot «redevabilité» soit une traduction imparfaite du mot anglais «accountability» auquel il est emprunté et renvoie à «la reddition des comptes, expliquer, justifier, rendre compte», il devrait, du point de vue d’Olivier de Sardan, être davantage compris comme une somme. Car il existe plusieurs redevabilités. Sans être une panacée, «la redevabilité n’a d’intérêt que lorsqu’elle est partagée par l’ensemble de la population», souligne-t-il.

Analyser et réduire les écarts

«Les systèmes d'information et de rapportage tels que pensés aujourd'hui ne rendent généralement pas compte des écarts entre les dispositifs existants et pratiques et les dispositifs formalisés dans le domaine des actions publiques», fait savoir l’expert. «Dans toutes les actions publiques, on observe toujours un écart entre un projet et sa mise en œuvre». Il faudrait donc envisager une «approche qui intègre les réalités du terrain». Ainsi, «au lieu d'utiliser les canevas imposés par les partenaires au développement, à savoir cadre logique, gestion axée sur les résultats, cycle de projet, etc., il serait souhaitable de partir des études faites sur le terrain pour construire les outils de redevabilité adaptés au contexte et à l'environnement», conclue Olivier de Sardan. C’est dire si bien diagnostiquer les écarts entre les prévisions et les réalisations peut avoir un impact important dans les objectifs politiques internes.

Co-délivrance des services

Si pour Albert Anicet Akoa, maire de Ngoulemakong et vice-président de l’association des Communes et villes unies du Cameroun, «Les municipalités sont sans doute la seule institution à même d’incarner une redevabilité envers les usagers, qui sont aussi des citoyens locaux», c’est sans doute parce que «les communes devraient être vues comme des délivreurs des services de proximité d'intérêt général», assure Olivier de Sardan.

La délivrance des biens de proximité est plus perceptible en termes de quantité qu'en termes de qualité, car les communes ne sont pas souvent en mesure de délivrer des services publics toutes seules. Elles sont souvent obligées de faire recours aux autres acteurs publics. De ce point de vue, plusieurs institutions délivrent aussi des biens et services publics : Etat, institutions religieuses, Osc, etc. «Dans tous les domaines, il y a une co-délivrance pour que la délivrance des biens et services aboutisse», appuie le chercheur. L’usager, en plus de l’impôt, se retrouve bien souvent à devoir supporter les charges qui permettent de rendre effectifs les services qui devraient lui être rendus gratuitement.

Dans ces conditions, lui rendre compte, à tout point de vue, prend une signification symbolique particulière et une impérieuse nécessité. Ce qui passe, assure le maire Akoa, par la «création d’un espace public local qui permettra de partager le concept d’intérêt public local». Un marché ne s’est jamais si bien porté.

 


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