Espaces de sports et de loisirs : Les communes démunies

Visages urbains : Déficit de lieux aménagés dans les municipalités

Depuis 2010, le ministère du Tourisme et des Loisirs s’active dans le renforcement des capacités des élus locaux en vue de la mise en place d’activités ludiques dans les municipalités du pays.

Stade municipal Madingring

L’on a encore vu les jeunes élèves débarquer des cars de transport dans la capitale politique durant la semaine de la Jeunesse 2015. Un lieu unique pour les recevoir : les Jardins du Bois Saint Anastasie au Carrefour Warda. Enfants de la maternelle, écoliers, élèves du secondaire, tous en tenue de classe sous la conduite de leurs enseignants se sont donné rendez-vous dans ce lieu. Ordinairement, cet espace est fréquenté par d’autres moins jeunes et adultes. C’est le principal lieu de balade pour la plupart des citoyens de la ville de Yaoundé. L’espace est aussi choisi par certains couples pour célébrer leur union à ciel ouvert. Une partie du festival de caricatures se déroule de plus en plus dans ce lieu ouvert et traversé par un ruisseau qui se jette dans la rivière Mfoundi, le principal cours d’eau du département éponyme. À défaut de ce bois, les habitants de la ville aux Sept collines se dirigent vers l’espace vide autour du monument Charles Atangana, non loin de la Poste centrale. D’autres vont aussi au zoo de Mvog-Besti qui subit la forte pression démographique. L’espace conçu pour abriter les animaux sauvages est perturbé par l’installation d’un marché sur l’un des versants de sa clôture. L’une de ses entrées en face de la base de la Garde présidentielle au quartier Melen est encombrée par les vendeurs qui y ont installé leur petit commerce. De telle sorte que le lieu a perdu son caractère ludique et attractif, surtout qu’à l’intérieur les bêtes sont vieillissantes, certaines loges envahies par les herbes depuis la mort de leurs locataires. Les responsables de la Communauté urbaine de Yaoundé annoncent d’ailleurs une délocalisation de ce zoo dans les mois à venir.

Certains établissements scolaires organisent aussi régulièrement des descentes sur les versants du Mont Fébé qui surplombe la capitale politique du Cameroun. Difficile donc pour un habitant des communes de Yaoundé 6 ou 7 de trouver du plaisir au cours d’une ballade dans les rues de sa municipalité. Ce qui ne signifie pas pour autant que les lieux de loisirs n’existent pas. Leur aménagement connait des problèmes à la fois au sein des mairies et dans les administrations centrales de l’Etat.

« Ressources non transférées »

Au ministère du Tourisme et des Loisirs (Mintoul) , toute une direction est en charge du développement des loisirs. Les responsables de ce secteur occupent le deuxième étage de l’immeuble de la représentation de la compagnie nationale de transport aérien Camair-Co, non loin de la cathédrale de Yaoundé. C’est là que se définissent les grandes lignes de la politique gouvernementale en matière de loisirs. À l’entrée du secrétariat, un babyfoot miniaturisé accueille le visiteur. Quelques tableaux illustrant la beauté du paysage du Cameroun, Afrique en miniature, selon la formule consacrée, sont posés pour certains au sol et d’autres accrochés dans les bureaux des responsables des lieux.

Pour le sous-directeur de ce service, ces différents sites touristiques sont censés être les premiers lieux de loisir pour les habitants de nos municipalités. Une politique de développement des structures communales en matière de tourisme et de loisirs est d’ailleurs en cours depuis janvier 2010, l’année du début des transferts de compétences et des ressources aux collectivités territoriales décentralisées au Cameroun. La plaque tournante de ce processus au sein de ce département ministériel se trouve au deuxième étage de l’Immeuble Rose à Yaoundé. Madame Nonga, Inspecteur N°1 veille aux renforcements des capacités des élus locaux au quotidien. Sa dernière descente de terrain remonte à décembre 2014 à l’occasion de la clôture d’une tournée nationale pour expliquer aux élus locaux les contours de l’innovation du ministère du Tourisme et des Loisirs. Il est question aujourd’hui de mettre sur pied des offices communaux de tourisme, explique l’Inspecteur N°1. Cela passe par l’aménagement et l’exploitation des sites d’intérêt local conformément à la règlementation en vigueur depuis 2011. Dans ce chapitre, se trouvent l’organisation des œuvres de vacances, des colonies de vacances et de chantiers des jeunes dans les différentes villes et campagnes du pays. Mais la principale difficulté dans ce domaine se trouve au niveau du financement des initiatives de loisirs. « Les ressources ne sont pas transférées », explique Mme Nonga. Ce que confirment d’ailleurs plusieurs agents en service dans les communes de la capitale politique du Cameroun. C’est pourquoi, elle a entrepris de développer une stratégie permettant aux élus locaux de s’approprier véritablement la dimension ludique dans leur stratégie de développement. Au niveau du ministère du Tourisme et des Loisirs, seules des œuvres de vacances pilotes peuvent être organisées afin d’offrir du divertissement aux jeunes. Car, il s’agit principalement de trouver des opérations de relaxation, de détente en favorisant le développement du tourisme interne. Potentiel naturel inexploité Plus encore, selon l’Inspecteur N°1 du ministère du Tourisme et des Loisirs qui est la plaque tournante du processus de transfert de compétence aux mairies, il faut aussi lutter contre la délinquance juvénile et favoriser l’intégration nationale et sociale à travers les loisirs. C’est pourquoi, elle encourage l’organisation des loisirs sportifs, culturels. Ce sont aussi des niches de recettes pour les municipalités, explique-t-elle. Sur le plan sanitaire, l’appropriation des loisirs offre l’occasion de réduire plusieurs risques en matière de santé publique. À défaut d’un site naturel, il faut que les municipalités construisent des sites artificiels, aménagent les villes pour les promenades, les balades de classe ou encore des bibliothèques, poursuit Mme Nonga. Elle accorde aussi une place importante aux loisirs traditionnels. « Je ne suis pas sûr que les jeunes connaissent les valeurs du Songo’o », susurre-t-elle le regard rivé sur un de ses collaborateurs qui a la tête dans son ordinateur portable.

Pour Mme Nonga, l’on a l’impression que le loisir culturel se meurt. La nature ayant horreur du vide, se développement alors d’autres formes de loisirs souvent inadaptés à l’environnement culturel au Cameroun, renchérit l’interlocutrice privilégiée des élus locaux en matière de développement des loisirs dans les communes. Quelques pistes sont à explorer dans le cadre de l’intercommunalité pour pallier le déficit de ressources financières dans le domaine. Pour le moment, l’accompagnement reste technique et il faut que les municipalités sollicitent cette expertise dans les services déconcentrés de l’Etat au niveau des arrondissements.

La nouvelle stratégie en cours de validation au sein du ministère du Tourisme et des loisirs ambitionne de création d’un comité pour l’encadrement des communes dans le sillage des compétences qui leurs sont transférées. Il faut avoir des objectifs, des résultats. Le projet est prêt, explique Mme Nonga. Elle compte sur le riche potentiel des sites touristiques du Cameroun. Un répertoire actualisé est d’ailleurs disponible au sein de ce ministère. Suivant une répartition régionale, les départements du Littoral comptent 17 espaces de loisirs potentiels. Ils sont pour l’essentiel des sites naturels. Mais aussi des espaces aménagés depuis la colonisation. La région du Sud-Ouest présente 27 lieux de loisirs selon les responsables du ministère du Tourisme et des Loisirs. La région de l’Adamaoua peut être aménagée pour permettre aux populations locales de prendre du plaisir dans les 78 sites touristiques et espaces de loisirs répertoriés à ce jour dans les différents arrondissements et villages de la cette zone tampon entre la partie nord du pays et le sud. La région de l’Est offre 34 sites pour la plupart inaccessibles ou d’accès difficiles en fonction des saisons. Les élus locaux de la région de l’Ouest peuvent aussi mettre dans leur agenda les mécanismes de développement des 67 sites répertoriés à ce jour.

Un travail similaire permettrait aux habitants de la région du Centre de se procurer du plaisir dans les 57 sites répertoriés.

Dans cette région, beaucoup reste à faire lorsqu’on parcourt les documents du Mintoul dont V&C a obtenu une copie. Dans la rubrique observation qui retrace le niveau d’accès à ces lieux de loisirs, seuls 10 sites peuvent fixer le visiteur sur leur état des lieux. Les autres sites sont encore en étude au sein de l’Immeuble Rose à Yaoundé. Dans la région du Nord, 55 sites sont offerts par la nature. L’accès est difficile en fonction des saisons. Au Nord-ouest, 18 lieux sont répertoriés, mais le niveau d’aménagement n’est pas encore connu. Tout comme celui de l’ensemble des 24 sites de la région du Sud. Tout le contraire des sites de la région de l’Extrême-Nord dont le niveau d’aménagement est connu dans les 78 espaces considérés.

Pierre Nka

Sur le même sujet


Sport & loisirs : Parents pauvres du développement local

Tendances : Les loisirs traditionnels se meurent

Yaoundé : Quand les femmes au foyer cherchent des loisirs

 

 

Dernières Parutions

Newsletter

   Partenaires
  Logo success
  Afroleadership
  Logo Btap
  CGLUA
  Zenü Network
  LEDNA
  RAJFIL
  Caddel
  pndp
  Feicom
  CVUC
  PDUE
  cityminded
  refila
JT Fixed Display