Eseka, la ville oubliée du Mpodol Um Nyobe

La ville est érigée en commune depuis 1954. Au-delà du mythe constitué par l’action de ses ressortissants dans libération du pays avec le « nationalisme radical », c’est le cliché d’une cité en ruines.

fils Eseka

Par Pierre Nka

Le maquis et l’« Assiko », la dance traditionnelle du pays bassa, constituent le référent global de la ville d’Eséka. Et c’est dans la fraicheur de la brume matinale que le visiteur qui arrive dans cette commune connue pour son action politique est accueilli. Tout au long du parcours qui conduit dans ce bourg au décor pittoresque, des arbres plombent le visiteur en plein cœur de la forêt équatoriale. La route est bitumée, mais l’état de la chaussée montre au visiteur le niveau de développement de la ville. Les multiples nids de poules entravent la circulation des véhicules sur le tronçon Boumnyébél-Eséka, long de près de 33 Kilomètres. A l’entrée de la ville, c’est une cité située dans une cuvette qui marque la présence dans ce lieu mythique. Sur un des monts verdoyants deux antennes des compagnies de téléphonie mobile trahissent un air de modernité. Un gisement touristique comparable à celle de certaines régions outre-Atlantique faisant d’Eséka une ville similaire à celle de Genève avec ces monts sardanapalesques.

Au-delà de la beauté du paysage, et du riche potentiel en essence forestière de la plus virulente des villes politiques du pays, c’est dans une voirie en ruine que les habitants vaquent à leurs occupations. C’est une ville de sentiers, déclare avec amertume M. Yayi Alexandre Georges, un ancien féru de journalisme qui, à ses dires, a animé les Editions africaines d’annonces, éditeur de « Marché immédiat » et « Emploi immédiat », dans la capitale économique du pays. Ce septuagénaire, frappé d’une pathologie qui rend sa santé fragile, s’est reconverti dans la transformation du rotin. Les yeux rivés sur le panier qu’il tisse dans un atelier de fortune en face du marché, il regrette le fait que la ville soit en arrière par rapport à d’autres cités qui sont nées après elle. Pour lui, il est exagéré de parler de ville à Eséka. Il s’agit en réalité, conclût-il d’un village laissé dans l’état colonial. Pour preuve, le long de la route bitumée mais mal entretenu, les deux bords de cet axe sont occupés par de hautes herbes qui constituent de véritables bosquets, des maisons en matériaux provisoires.

Le délabrement

Deux panoramas méritent d’être présentés afin de ressortir l’état de délabrement dans lequel vivent les populations de cette bourgade. La voirie urbaine tarde à s’enrichir de nouvelles artères bitumées, après celle qui traverse la localité et la relie à l’arrondissement de Lolodorf voisin. Même les zones occupées par les célébrités comme le regretté Jean Bikoko Aladin, sont entièrement inondées en saison de pluies, comme nous l’avons découvert. Dans un sentier mal entretenu, des maisons mal construites occupent l’espace déjà enclavé du fait de l’absence de rigoles pour la canalisation des eaux. Une situation que reconnait un habitant rencontré à l’abri, dans un hangar faisant face à la gare ferroviaire. De plus, poursuit-il, la moindre pluie plonge toute la ville dans l’obscurité. Cet originaire de la région de l’Ouest du pays est déçu par la situation de cette cité qu’il habite depuis deux ans. Eséka accuse donc un retard criard sur le plan de l’urbanisation. Un autre, renchérit en déplorant le fait que le visage de l’ensemble des quartiers que compte la ville présente des maisons en matériaux provisoires. On y retrouve tout de même les marques de la colonisation avec quelques bâtiments coloniaux, comme la sous-préfecture, le site du lycée classique. Tout à côté de la mairie, une ancienne salle d’audience du tribunal est occupée aujourd’hui par les élèves de l’école bilingue de la localité. Une enseignante rencontrée souligne que cette action vise à palier le déficit de structures d’accueil des élèves. La mission catholique, est constituée de la cathédrale, l’évêché et un collège à l’image de ceux des grandes agglomérations du pays. Le palais de justice a connu une attention significative de la part des autorités gouvernementales, indique un fonctionnaire de la délégation du ministère des Forêts et de la faune.

Absence d’un tissu industriel

Une réalisation moderne qui est complétée par ce qu’il est convenu d’appeler la « Maison rose ». Il s’agit d’un immeuble moderne de deux niveaux qui abrite les services départementaux du ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire. Une réalisation inaugurée par Augustin Frédéric Kodock, un natif du chef lieu du département du Nyong-et-Kellé lors de son dernier passage au gouvernement.

« Eséka est une brousse », déclare Josué, le jeune qui nous sert de guide. La vie économique de cette localité est à l’image de ce niveau d’urbanisation. La société qui avait pignon dans la localité a fermé ses portes depuis de longues dates. « Les bois du Cameroun », l’unique société spécialisée dans l’exploitation forestière avait suscité beaucoup d’espoirs auprès des populations, se souvient avec nostalgie Mme Marie Etoth qui réside dans la commune depuis les années 80. Elle affirme qu’il s’agissait d’une aubaine pour les populations.

Aujourd’hui, la ville n’a aucune société de type industriel. L’activité commerciale est concentrée au niveau du petit commerce. Une économie informelle détenue par les ressortissants de la région de l’Ouest. Une situation qui, aux dires des habitants, traduit bien l’exclusion des réactions xénophobes. Les secteurs concernés sont la quincaillerie, la vente des pièces détachées pour les motos qui constituent le principal mode de transport. L’activité agricole occupe aussi une place importante avec le palmier à huile qui se dispute la place avec la forêt. D’autres habitants dénoncent l’action de certains ressortissants d’autres régions du pays qui s’investissent dans l’achat des vivres (manioc, igname, macabo) directement dans les plantations. Face à cette situation, Mme Etoth reconnait qu’il y a une particularité dans la vie sociale à Eséka. Pour elle, bien que le Bassa d’Eseka apparaisse comme un frein au développement de sa propre ville, il est de plus en plus ouvert aux ressortissants d’autres communautés. Toutefois, cette hospitalité est tempérée par un esprit conservateur. Ici, l’acquisition d’un lopin de terre n’est pas chose aisée. Un commerçant originaire de l’Ouest indique que les propriétaires fonciers préfèrent faire louer leur terrain. D’après la formule de location, au bout de quelques années, l’édifice construit revient au propriétaire du terrain. Une situation qui s’ajoute au légendaire caractère belliqueux de certaines personnes, conclut le commerçant. Et pourtant, avant la création des villes de Yaoundé, Lolodorf, Makak, Mbalmayo, Bot Makak, Eséka était considéré comme le carrefour de communication et le véritable centre commercial que comptait la région.

 


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